Athéisme et religions

C’est intéressant. Je lis en ce moment un livre que l’on m’a offert, intitulé « L’Evangile de l’athée » et je ne peux m’empêcher de penser avec un grand sourire que l’athéisme n’est qu’un pur produit des religions, dans sa croyance quasi-religieuse que Dieu n’existe pas. Nous le savons par l’expérience qu’il n’est pas plus possible de démontrer son existence que son inexistence. Alors pourquoi tant d’énergie vainement perdue dans ce combat stérile opposant athéisme et religions ?

Dans un sens je trouve les propos de Michel Bavaud (l’auteur octogénaire mais pas moins pétillant) très drôles et pertinents lorsqu’il met en lumière le ridicule des religions organisées. Il a une manière très terre à terre de faire émerger l’absurde des croyances humaines et je dois reconnaître que je suis moi-même très terrestre également.

J’ai cependant toujours beaucoup de peine à comprendre ce besoin humain de tout devoir ramener au rationnel ou à l’irrationnel, comme si l’on devait choisir entre l’un et l’autre : Etre cartésien ou spirituel… mais pas les deux ! Je n’adhère personnellement pas du tout à cette manière réductrice d’opposer les extrêmes plutôt que de chercher à les unifier dans la complémentarité. A vouloir trop démontrer l’un et renier l’autre, on en devient borné et sectaire. Qui pourrait nier qu’une pièce de monnaie a deux faces, même s’il est impossible d’un point de vue donné de les observer toutes deux simultanément ?

Ne pas se considérer comme étant athée revient pour beaucoup au fait de croire en un dieu. Personnellement je ne crois en aucun dieu que l’être humain ait pu façonner de son mental torturé. Suis-je athée pour autant ? D’après la définition stricte du dictionnaire : oui, puisque l’athéisme consiste à rejeter l’existence de tout dieu. Mais doit-on forcément rejeter pour autant l’idée que derrière nos limitations physiques, il existe peut-être une dimension qui nous échappe ? L’humilité amène tout physicien digne de ce nom à reconnaître que les bases de ses connaissances dans le domaine reposent sur… de grandes inconnues. Albert Einstein avait lui-même cette grande ouverture d’esprit qui lui a ouvert la porte à de nouvelles compréhensions.

Alors plutôt que de chercher à vouloir tout démontrer ou tout rejeter, ne pourrions-nous pas admettre qu’en matière de spiritualité, ce qui n’est pas démontrable scientifiquement est peut-être à découvrir, à explorer différemment ? Le problème est que l’être humain est incapable d’appréhender une notion, une perception, un ressenti, sans tomber immédiatement dans ce besoin compulsif de l’enfermer, pour l’imposer ensuite comme une vérité universelle. Forcément, ce comportement pathologique ne peut mener qu’aux guerres qui opposent aujourd’hui encore les partis religieux de ce monde.

J’ai cette conviction profonde que les ingrédients d’une vie saine et épanouissante tiennent dans le sain équilibre entre les plans terrestre et spirituel de notre condition humaine. Un être totalement terre à terre se cantonnera purement dans son mental et s’y enfermera comme dans une prison, coupé de sa propre sensibilité, de ses ressentis et intuitions. A l’opposé, l’être spirituel déconnecté de sa réalité terrestre ira au devant de gros soucis pratiques, perdant pied à chaque turbulence de la vie, ballotté comme une feuille par le vent.

Lorsque l’on comprend qu’il n’y a pas à adhérer à une quelconque croyance pour trouver cet équilibre entre « terrestre » et « spirituel », le plus gros pas est franchi. On peut alors en bon terrien poursuivre son chemin tout en étant à l’écoute de ses ressentis et intuitions qui nous démontrent bien rapidement que notre existence ne peut se résumer en un amas hasardeux de cellules regroupées accidentellement. Lorsque nous en prenons conscience, cette intelligence qui nous anime et dont nous faisons partie intégrante n’a pas à être nommée ou formatée, mais juste explorée, sans parti pris, avec une saine curiosité.

Chaque vie mène à ses propres découvertes et celles-ci sont personnelles, vivantes et uniques. Vouloir les rattacher et les unifier ressemble au travail du taxidermiste tentant macabrement de figer la vie et mène au désastre que sont les partis religieux. Il ne reste rien de l’esprit quand la religion s’en empare. Cela revient à essayer de capturer un arc-en-ciel qui n’existe qu’à travers la distance qui nous sépare de lui. Chacun le percevra à un endroit différent, selon sa position. Il existe donc autant d’arcs-en-ciel que d’observateurs, tous différents les uns des autres. Personne n’en a jamais touché et pourtant il ne viendrait pas à l’idée de vouloir nier le phénomène.

Alors j’ai envie de dire : Ne tentez plus de comprendre avec la tête ce qui tient de l’esprit (la théologie est sans doute la pire aberration dans ce sens), délestez-vous de vos croyances (il y en a bien plus que vous ne l’imaginez, même si vous croyez être athée), puis autorisez-vous à explorer la vie par vos sens physiques, par vos ressentis et par votre intuition, sans jamais chercher à projeter vos expériences personnelles sur autrui. Ce chemin propre à chacun ne s’enseigne pas, il se découvre par soi-même, sans préjugé ou bagage inutile.

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Une réponse à Athéisme et religions

  1. Manu dit :

    Cher André, une fois de plus tu exprimes exactement ce que je « pense » (plutôt ce que je ressens). 🙂

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